Il y a une dizaine d’années, la sortie d’un nouvel iPhone était un événement. Les gens en parlaient plusieurs semaines avant. Les files devant les Apple Store faisaient la une des journaux. Aujourd’hui, la présentation annuelle d’Apple ressemble davantage à une réunion de comité qu’à un lancement de produit. Quelque chose a changé, et ce n’est pas qu’une question de cycle médiatique.

Quand Apple a vraiment changé les choses

Pour comprendre où en est la marque aujourd’hui, il faut remonter aux moments où elle a réellement bousculé le marché.

En 2007, le premier iPhone a redéfini ce qu’un téléphone pouvait faire. Un navigateur web, un lecteur musical et un téléphone dans un seul appareil : à l’époque, c’était une rupture nette avec ce qui existait. En 2010, l’iPhone 4 a introduit l’écran Retina et FaceTime, avec un design en verre et acier qui a transformé le smartphone en objet de statut. Puis en 2017, l’iPhone X a supprimé le bouton physique, introduit Face ID et adopté un écran OLED bord à bord. C’était la dernière fois qu’Apple a véritablement surpris son marché.

Depuis, chaque nouvelle série apporte des améliorations techniques réelles, mais aucune rupture perceptible.

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Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Une enquête menée auprès d’utilisateurs d’iPhone révèle plusieurs signaux préoccupants pour Apple. Deux tiers des répondants (66 %) n’ont pas été capables d’identifier correctement le modèle d’iPhone sur une photo. Un tiers déclare avoir changé d’appareil uniquement parce que l’ancien était devenu lent, et non pour profiter de nouvelles fonctionnalités. Et plus des deux tiers renouvellent leur téléphone tous les trois à cinq ans ou plus.

Ce n’est plus une question d’enthousiasme pour la marque. C’est une relation de nécessité. On rechange son iPhone comme on change ses pneus.

Une stratégie Pro qui creuse les inégalités dans la gamme

Apple a instauré depuis plusieurs années une segmentation claire entre ses lignes standard et Pro. Le problème, c’est que les innovations les plus significatives sont systématiquement réservées aux modèles les plus chers. Les utilisateurs de la gamme de base se retrouvent avec des mises à jour encore plus marginales, ce qui renforce l’impression générale de stagnation.

Sur un marché européen où le prix reste un critère d’achat central, passer la barre des 1 200 euros pour un iPhone Pro sans fonctionnalité réellement inédite commence à poser une vraie question de rapport qualité-prix.

L’iPhone 17 et ses controverses dès les premières semaines

La série iPhone 17 illustre bien ce paradoxe. Les caractéristiques internes sont solides, mais l’appareil est visuellement quasi-identique à ses prédécesseurs depuis l’iPhone 12. Le design à bords plats, la bosse photo, la disposition des boutons : tout reste à l’identique depuis des années.

Pire, deux polémiques ont émergé peu après le lancement. La première, baptisée “Scratchgate”, concerne des rayures visibles autour du module photo et des bords de l’iPhone 17 Pro, parfois jusqu’au métal brut, après seulement quelques jours d’utilisation. Apple a évoqué un phénomène de “transfert de matière”, une explication qui n’a pas convaincu grand monde.

La seconde, “Colorgate”, touche les coloris “Cosmic Orange” et “Blue Titanium” dont certains utilisateurs ont constaté un changement de teinte après quelques semaines d’exposition au soleil. Que la cause soit le revêtement ou une oxydation, le résultat est le même : une atteinte à l’image d’un produit vendu comme premium.

Ces épisodes rappellent le “Bendgate” de l’iPhone 6, qui s’était plié dans la poche de certains utilisateurs. Dix ans plus tard, le type de problème a changé, mais le schéma reste le même.

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Liquid Glass : une mise à jour cosmétique qui divise

Pour tenter de redonner de l’élan à son système visuel, Apple a introduit Liquid Glass, une refonte de l’interface graphique d’iOS. Le résultat a suscité davantage de critiques que d’enthousiasme. Beaucoup d’utilisateurs ont trouvé l’interface moins lisible, sans percevoir d’apport fonctionnel réel. Quand la principale nouveauté d’un cycle produit soulève des plaintes, c’est que quelque chose ne va pas dans la direction prise.

Ce que font les concurrents pendant ce temps

Sur Android, plusieurs fabricants avancent sur des terrains qu’Apple n’a pas encore explorés sérieusement : les smartphones pliables, l’intégration poussée de fonctions d’intelligence artificielle directement dans l’interface, ou des facteurs de forme radicalement différents. Samsung, Google et d’autres acteurs proposent des appareils qui génèrent encore de la curiosité.

Apple, de son côté, joue la carte de la fiabilité et de l’intégration logicielle-matérielle, ce qui reste un vrai point fort. Mais ce positionnement ne suffit plus à justifier une prime tarifaire si l’utilisateur ne voit rien de nouveau d’une génération à l’autre.

Les conséquences

Si vous suivez l’actualité tech, vous savez que l’innovation dans le secteur des smartphones impacte bien au-delà des simples ventes. Elle conditionne les usages, les attentes, et finalement ce qu’on est prêt à mettre comme budget dans un téléphone.

Quand les cycles de renouvellement s’allongent, cela signifie aussi que les utilisateurs attendent davantage avant d’acheter. Et si ce qu’ils trouvent au bout de l’attente ne les convainc pas, ils commencent à regarder ailleurs.

Apple n’est pas en danger à court terme. Sa base installée est massive, son écosystème est solide, et ses marges restent parmi les plus élevées du secteur. Mais la fidélité construite sur la commodité n’est pas la même chose que la fidélité construite sur l’enthousiasme. Et cette distinction-là, Apple a tout intérêt à ne pas la négliger.