Le secteur numérique représente actuellement entre 3 et 4 % des émissions de gaz à effet de serre, selon The Shift Project. Cette part pourrait doubler d’ici quelques années.

Les centres de données, piliers du cloud, sont en grande partie responsables de ces émissions. Ils génèrent près de 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre liées à l’énergie chaque année, soit environ 300 tonnes d’équivalent dioxyde de carbone en 2020 (source : Agence internationale de l’énergie).

Face à l’urgence environnementale, les pressions s’intensifient pour que les fournisseurs de cloud adoptent des pratiques plus durables. Les questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) gagnent en importance auprès des consommateurs, des investisseurs, des dirigeants d’entreprises et des régulateurs.

Ed Anderson, vice-président analyste distingué chez Gartner, confirme : « Les fournisseurs de cloud se préoccupent du développement durable parce que leurs principales parties prenantes s’en préoccupent. »

Malgré cette prise de conscience, la capacité des fournisseurs de cloud à réduire significativement leur impact environnemental reste incertaine. La demande croissante en services cloud implique une expansion des infrastructures, tandis que la mesure, le suivi et la validation indépendante des efforts de développement durable demeurent des pratiques en développement.

Qu’est-ce que le cloud ?

Le cloud computing, aussi appelé « informatique en nuage » en français, désigne l’utilisation d’internet pour accéder à des ressources informatiques à la demande, comme le stockage et le traitement de données. Ce concept n’est pas nouveau, il date du milieu des années 1980, mais il a connu un essor majeur avec le lancement d’Amazon Web Services (AWS) en 2006.

Le principe est simple : les entreprises louent des ressources informatiques auprès de fournisseurs spécialisés, au lieu de les installer et de les gérer elles-mêmes. Cela permet de réduire les coûts et d’améliorer la flexibilité.

Aujourd’hui, le marché du cloud est dominé par quelques grands acteurs, appelés « hyperscalers » : Amazon, Google, Microsoft, IBM et Oracle. Ces géants du numérique disposent de capacités de calcul immenses et proposent une large gamme de services cloud.

L’essor du cloud a également entraîné une évolution du modèle de vente des logiciels. Au lieu de les vendre sur des CD-ROM à installer sur chaque ordinateur, les éditeurs proposent désormais des logiciels en tant que service (SaaS). Ces logiciels sont accessibles via internet et s’adaptent aux besoins de chaque utilisateur.

Le cloud computing est un secteur en pleine croissance qui devra répondre aux besoins croissants des technologies émergentes comme l’intelligence artificielle, la blockchain et le streaming vidéo. Cela pose des défis en termes de capacité de calcul et d’impact environnemental.

Les fournisseurs de cloud devront trouver des solutions pour réduire leur consommation d’énergie et minimiser leur impact sur la planète. L’avenir du cloud dépendra de sa capacité à répondre à ces défis et à offrir un modèle informatique durable et performant.

L’impact environnemental du cloud

Le cloud, bien qu’immatériel en apparence, n’est pas exempt d’impact sur l’environnement. Derrière ce terme se cachent des infrastructures physiques conséquentes : serveurs, câbles, ventilateurs, baies de stockage, etc. La concentration croissante des ressources informatiques dans les mains des géants du cloud rend cet impact plus visible que jamais.

L’énergie, une ressource cruciale

Le fonctionnement du cloud nécessite des quantités massives d’énergie, dont la production engendre elle-même une empreinte environnementale. Selon le Forum économique mondial, l’informatique en nuage et les centres de données sont responsables d’environ 1,8 % de la consommation d’électricité aux États-Unis et d’une grande partie des émissions de carbone des entreprises technologiques.

Alimenter le matériel et refroidir les machines

L’électricité est nécessaire non seulement pour alimenter les serveurs et les autres équipements, mais aussi pour maintenir les installations à une température adéquate. Ian Grobel, directeur du conseil en technologie pour le cloud chez EY, souligne que la climatisation représente une part importante de la consommation énergétique des centres de données.

L’eau, un élément précieux gaspillé

Le refroidissement des infrastructures en nuage nécessite également de grandes quantités d’eau. Google a révélé qu’en 2021, son centre de données moyen consommait environ 450 000 gallons d’eau par jour. L’utilisation de l’eau par les services d’IA, comme ChatGPT, est également préoccupante, avec des estimations indiquant que 20 à 50 requêtes seulement peuvent nécessiter 17 onces d’eau douce.

Chaleur et pollution sonore

Le cloud génère aussi de grandes quantités de chaleur. La récupération de cette chaleur pour des usages tels que le chauffage des serres est une option prometteuse, mais encore peu utilisée. De plus, le bruit des ventilateurs de refroidissement des centres de données devient un problème environnemental croissant, provoquant des protestations de la part des riverains.

Déchets électroniques et surfaces de terrain

La construction de centres de données implique l’utilisation de vastes surfaces de terrain et la production de déchets électroniques. En 2022, 59,4 millions de tonnes de déchets électroniques ont été produites dans le monde, et ce chiffre devrait atteindre 74,7 millions de tonnes en 2030. Seule une petite partie de ces déchets est recyclée.

L’essor du cloud computing s’accompagne d’un coût environnemental non négligeable. La prise de conscience de ce problème est essentielle pour inciter les acteurs du secteur à adopter des pratiques plus durables et à rechercher des solutions innovantes pour minimiser leur impact sur la planète.


Effets environnementaux : Informatique sur site VS Cloud

Le débat sur l’impact environnemental de l’informatique est complexe et oppose les partisans du cloud aux défenseurs de l’informatique sur site.

D’un côté, les centres de données sur site peuvent être moins efficients et avoir une empreinte carbone plus importante. De l’autre côté, l’expansion du cloud implique une augmentation de la consommation d’énergie et de ressources naturelles.

Selon certaines études, le passage au cloud computing pourrait réduire les émissions de CO2 de plus d’un milliard de tonnes d’ici quelques années.

Les fournisseurs de cloud, comme AWS, Google et Microsoft, s’engagent à réduire leur impact environnemental en investissant dans les énergies renouvelables et en optimisant l’efficacité de leurs centres de données.

Cependant, des critiques s’élèvent quant à la véracité de ces engagements et à l’existence d’un Greenwashing de la part des entreprises.

Il est important que les entreprises évaluent de manière critique les déclarations écologiques des fournisseurs de cloud et adoptent une approche holistique pour minimiser l’impact environnemental de leurs choix informatiques.

Voici quelques points clés à retenir :

  • Le cloud et l’informatique sur site ont chacune des implications environnementales.
  • Le cloud peut être plus efficient en termes d’utilisation des ressources, mais sa croissance soulève des défis.
  • Les fournisseurs de cloud s’engagent à réduire leur impact environnemental.
  • La véracité de ces engagements est sujette à caution.
  • Les entreprises doivent adopter une approche holistique pour minimiser l’impact environnemental de leurs choix informatiques.

Le cloud computing est une technologie puissante qui offre de nombreux avantages, mais il n’est pas sans impact sur l’environnement. La consommation d’énergie, l’utilisation d’eau, la production de déchets électroniques et l’utilisation de vastes surfaces de terrain sont des défis majeurs que les acteurs du secteur doivent relever. Si le passage au cloud peut s’avérer plus durable que l’informatique sur site à grande échelle, il est crucial que les entreprises adoptent une approche holistique et exigent des fournisseurs de cloud des engagements concrets et transparents en matière de développement durable. L’avenir du cloud dépendra de sa capacité à répondre aux exigences environnementales croissantes et à offrir un modèle informatique performant et durable.