Poser la question autour de soi donne presque toujours la même réponse. « Facebook ? Non, je ne suis plus dessus. » Et pourtant, le réseau social continue d’afficher des chiffres que peu de plateformes peuvent revendiquer. Selon les derniers chiffres communiqués par Meta et repris par Statista, Facebook comptabilise aujourd’hui 3,07 milliards d’utilisateurs actifs mensuels. Un chiffre qui résiste étonnamment bien à la concurrence d’Instagram, de TikTok ou de Snapchat.
Ce décalage entre le discours ambiant et la réalité des statistiques mérite qu’on s’y attarde. Si personne ne veut admettre utiliser Facebook, qui sont donc ces milliards de comptes actifs chaque mois ?
Un chiffre qui a de quoi surprendre
Facebook a longtemps porté l’étiquette du réseau « pour les vieux », celui où l’on retrouve les tantes et les grands-parents qui commentent les photos de vacances. Cette image colle à la plateforme depuis l’arrivée d’Instagram, de Snapchat puis de TikTok, chacun ayant capté à son tour l’attention des plus jeunes générations.
Sauf que les données publiées par Meta racontent une autre histoire. Avec 3,07 milliards d’utilisateurs actifs mensuels et 2,11 milliards d’utilisateurs actifs chaque jour, Facebook reste le réseau social le plus fréquenté au monde, loin devant Instagram ou TikTok pris isolément. En France, la plateforme comptait encore 48,7 millions d’utilisateurs actifs fin 2025 selon NapoleonCat, ce qui la place toujours devant Instagram et WhatsApp dans le pays.
Autrement dit, la désaffection tant annoncée ne se lit pas dans les chiffres. Elle se lit plutôt dans la façon dont les gens parlent de leurs habitudes numériques.
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Qui sont réellement les utilisateurs de Facebook
Les études sur la répartition par âge donnent une image plus nuancée que le cliché du réseau de retraités. La tranche des 25-34 ans reste la plus représentée, aux alentours d’un quart de l’ensemble des comptes actifs selon plusieurs cabinets d’analyse comme Statista ou Backlinko. Viennent ensuite les 35-44 ans, puis les 18-24 ans. Les 65 ans et plus, contrairement à l’idée reçue, ne représentent qu’une minorité de la base totale.
Ce qui change en revanche, c’est la fréquence et la manière de se connecter selon l’âge. Les générations plus âgées ouvrent l’application presque tous les jours et y passent du temps, quand les plus jeunes s’y connectent de façon plus ponctuelle, souvent pour des usages précis comme la messagerie ou les petites annonces. On peut très bien avoir un compte actif sans pour autant faire défiler son fil d’actualité comme on le ferait sur TikTok.
C’est probablement là que se joue le malentendu. Pour beaucoup, « utiliser Facebook » sous-entend publier des statuts, commenter des photos, entretenir une présence sociale visible. Or ce n’est plus vraiment comme ça que la majorité des comptes fonctionnent aujourd’hui.
Marketplace, la vraie raison de rester connecté

S’il y a une fonctionnalité qui explique une bonne partie de ces chiffres, c’est Marketplace. Lancé en 2016, l’espace de petites annonces de Facebook est devenu l’un des plus gros services de commerce entre particuliers au monde. Les données les plus récentes évoquent environ 1,1 milliard d’utilisateurs mensuels sur Marketplace, soit près de 40 % de la base totale de Facebook. Et 16 % des utilisateurs se connectent désormais uniquement pour ça, sans jamais toucher au fil d’actualité classique.
Meubles, électroménager, vêtements, pièces détachées, jeux vidéo d’occasion… Marketplace a en grande partie remplacé Le Bon Coin dans les usages de certains utilisateurs, en particulier grâce à la proximité géographique et à la possibilité de discuter directement avec l’acheteur ou le vendeur via Messenger. Beaucoup de personnes qui jurent ne plus utiliser Facebook ouvrent en réalité l’application chaque semaine pour vendre ou chercher un objet d’occasion, sans se considérer pour autant comme des « utilisateurs » du réseau social au sens propre.
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Messenger, groupes et partage de photos, les usages qui restent discrets
Facebook Messenger fait partie de ces outils que tout le monde utilise sans forcément l’associer à Facebook. La messagerie reste particulièrement présente chez les 25-44 ans, une tranche d’âge qui pourtant se dit souvent « déconnectée » du réseau social principal. Là encore, le glissement sémantique joue un rôle. Utiliser Messenger n’est pas perçu comme utiliser Facebook, même si les deux services partagent la même infrastructure et le même compte.
Les groupes suivent une logique similaire. Meta annonce plus de 1,8 milliard de personnes actives chaque mois dans des groupes Facebook, qu’il s’agisse de communautés de quartier, de groupes d’entraide, de fans d’un jeu vidéo ou de parents d’élèves d’une même école. Ce sont des usages ciblés, souvent invisibles de l’extérieur, mais qui suffisent à maintenir un compte actif dans les statistiques.
Le partage de photos en album reste également une habitude tenace pour transmettre des souvenirs à un cercle familial élargi, notamment quand les destinataires ne sont pas à l’aise avec un lien vers un service de stockage en ligne. Il suffit d’ailleurs de relier son compte Instagram pour que les publications s’y retrouvent automatiquement, ce qui alimente la base d’utilisateurs sans le moindre effort supplémentaire.
Facebook, une source d’information toujours consultée
Autre fonction souvent minimisée, celle de source d’actualité. Une part significative des utilisateurs continue de découvrir l’actualité, notamment les nouvelles people ou les décès de personnalités, en premier lieu sur Facebook, via les pages qu’ils suivent ou les partages de leur entourage. Les pages dédiées à des marques, des médias ou des centres d’intérêt spécifiques permettent de construire un fil personnalisé, quitte à devoir composer avec la publicité qui accompagne systématiquement ce type de contenu.
Les Reels, copiés sur le format popularisé par TikTok, viennent compléter cette offre pour les utilisateurs qui préfèrent le format vidéo court au texte.
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Pourquoi personne ne l’admet
La réponse tient sans doute davantage à une question d’image qu’à une réalité d’usage. Facebook traîne une réputation datée, associée à une génération plus âgée, et revendiquer son utilisation ne colle pas franchement à l’image que beaucoup souhaitent renvoyer, en particulier chez les plus jeunes utilisateurs. Dire qu’on utilise Messenger ou Marketplace ne provoque pas le même malaise que de dire qu’on utilise Facebook. Pourtant, dans les deux cas, il s’agit techniquement du même compte et du même écosystème, celui que Meta comptabilise dans ses 3,07 milliards d’utilisateurs mensuels.
Facebook ressemble finalement à ces émissions télé que personne ne revendique ouvertement regarder, mais qui enregistrent pourtant de belles audiences. Le réseau social continue d’occuper une place centrale dans les usages numériques quotidiens, simplement sous des formes qui ne se voient plus. Et c’est peut-être justement cette discrétion qui explique sa longévité, là où d’autres plateformes se sont essoufflées en misant tout sur la visibilité.
