Bitchat est une application de messagerie qui fonctionne sans Internet, sans réseau mobile et sans compte. Les messages passent de téléphone en téléphone grâce au Bluetooth.

Lancée en juillet 2025 par Jack Dorsey, le cofondateur de Twitter, elle revient dans l’actualité pour deux raisons. D’un côté, elle grimpe dans le classement de l’App Store en France. De l’autre, elle a fait l’objet d’une demande de retrait en Inde.

Voici comment elle marche, ce qu’elle permet et ce qu’il faut savoir avant de l’installer.

C’est quoi Bitchat ?

Bitchat est une application de discussion pair à pair. Il n’y a ni serveur central, ni numéro de téléphone, ni adresse e-mail à fournir. Au premier lancement, l’application demande l’accès au Bluetooth et attribue un pseudonyme aléatoire et modifiable.

Jack Dorsey a présenté le projet sur X début juillet 2025. Il explique avoir codé la base de l’application pendant un week-end pour mieux comprendre les réseaux maillés Bluetooth et le chiffrement des messages. Le code est publié sur GitHub, et le site du projet indique qu’il est versé dans le domaine public. L’application est arrivée sur l’App Store à la fin du mois de juillet 2025 sous le nom Bitchat Mesh. Elle est gratuite, sans publicité, et tourne sur iPhone à partir d’iOS 16 et sur Android à partir de la version 8.0. Les deux versions peuvent discuter entre elles.

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Comment fonctionne le réseau maillé ?

Une messagerie classique comme WhatsApp envoie chaque message à un serveur, qui le transmet ensuite au destinataire. Bitchat supprime cet intermédiaire. Chaque téléphone qui a l’application installée détecte les appareils proches en Bluetooth Low Energy, puis leur transmet les messages.

Ces appareils font ensuite suivre le message à leurs voisins, et ainsi de suite jusqu’au destinataire. C’est ce qu’on appelle un réseau maillé (mesh en anglais). Plus il y a de téléphones équipés dans une zone, plus le message peut aller loin. Lors du lancement, Jack Dorsey évoquait une portée pouvant atteindre 300 mètres grâce aux relais, un chiffre théorique qui dépend du nombre d’appareils présents et de l’environnement.

Le principe de cette messagerie n’est pas nouveau. L’application FireChat l’utilisait déjà en 2014 et avait servi à des manifestants à Hong Kong. 

Et quand Internet est disponible ?

L’application utilise aussi Nostr, un protocole ouvert qui passe par Internet. Depuis la version 1.3.0, il permet d’accéder à des salons basés sur la localisation, à l’échelle d’un quartier, d’une ville ou d’un pays, repérés grâce à un système de codes géographiques appelés geohash.

Pour les messages privés, l’application essaie d’abord le Bluetooth. Si le destinataire n’est pas joignable de cette façon, elle bascule sur Nostr. On trouve aussi des commandes inspirées d’IRC, comme /msg ou /who, des salons protégés par mot de passe et un mode d’urgence qui efface les données de l’application quand on touche trois fois le logo.

Sécurité et confidentialité

Au lancement, Jack Dorsey avait précisé qu’aucun audit de sécurité externe n’avait été réalisé. La page GitHub du projet contenait même un avertissement déconseillant l’application pour des usages sensibles. Un chercheur en sécurité avait aussi montré qu’il était possible de se faire passer pour un autre utilisateur.

Depuis, le projet a avancé. D’après la newsletter Nostr Compass de janvier 2026, un audit a été confié à Cure53, une société spécialisée qui a aussi examiné Signal. Les notes de version font état de corrections de failles, dont trois jugées critiques et sept de gravité élevée. Le projet reconnaît toutefois dans sa propre documentation que certaines informations restent exposées, comme les pseudonymes et les clés publiques, et que certains messages envoyés en différé ne bénéficient pas de la confidentialité persistante des sessions en direct. Les salons publics, eux, sont visibles par toutes les personnes à portée.

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Pourquoi les téléchargements augmentent ?

En septembre 2025, des Népalais l’ont installée pendant l’interdiction des réseaux sociaux dans leur pays. Un mois plus tard, elle se classait parmi les applications les plus téléchargées en Jamaïque au moment de l’ouragan Melissa. En janvier 2026, elle a aussi progressé en Ouganda et en Iran lors de coupures d’Internet (selon l’agence Reuters).

En Inde, le Centre de coordination de la cybercriminalité (I4C), rattaché au ministère de l’Intérieur, a envoyé le 23 juillet 2026 une notice à GitHub. Elle demandait de désactiver 3 dépôts de code de Bitchat. Jack Dorsey a publié ce document sur X le lendemain. À ce moment-là, des étudiants campaient à Jantar Mantar, à New Delhi, depuis le mois de juin pour réclamer des comptes sur des irrégularités lors d’examens, et le ministère avait suspendu à plusieurs reprises l’Internet mobile autour du site. 

En France, Numerama a relevé le 22 octobre 2026 que Bitchat Mesh était montée dans le top 10 général de l’App Store et à la première place de la catégorie réseaux sociaux. Ce regain d’intérêt semble lié à la mobilisation contre la vie chère du 17 octobre et au débat qui a suivi. Gabriel Attal a proposé le 19 octobre sur RTL un blocage temporaire des réseaux sociaux, ciblé sur les territoires touchés par les émeutes. Le gouvernement n’a annoncé aucune mesure de ce type à ce stade.

Comment l’installer et l’utiliser ?

Sur iPhone comme sur Android, il suffit de chercher « bitchat mesh » dans la boutique d’applications. Une fois l’application ouverte, il faut autoriser le Bluetooth. L’écran principal affiche le nombre de personnes détectées à proximité. Vous pouvez écrire dans le salon local, visible par tous les utilisateurs à portée, ou toucher un pseudonyme pour démarrer une discussion privée. Pour tester l’application avant un événement ou un voyage, le plus simple est de l’installer en même temps que quelques proches et de vérifier que les messages arrivent bien entre vos téléphones.