En France, des milliers de personnes ont du mal à utiliser un ordinateur ou à faire leurs démarches administratives en ligne. Le métier de conseiller numérique est né il y a quelques années pour accompagner celles et ceux qui se sentent perdus face à un écran.
Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette profession, son role, sa formation et son avenir.
Qu’est-ce qu’un conseiller numérique ?
Le conseiller numérique accompagne les particuliers dans leurs usages quotidiens du numérique. Concrètement, il aide une personne à créer une adresse e-mail, à utiliser France Connect, à faire une demande de prestation sociale en ligne ou à comprendre comment fonctionne un smartphone.
Ce métier a été créé en novembre 2020 dans le cadre du plan France Relance, avec l’objectif de recruter et former 4 000 conseillers numériques sur tout le territoire. L’idée venait d’un constat précis : selon l’Insee, environ 13 à 16 % de la population française reste en difficulté avec les outils numériques, un phénomène que l’on appelle l’illectronisme. Avec la dématérialisation croissante des démarches administratives, ce manque de compétences est un vrai frein dans la vie quotidienne.
Le conseiller numérique n’est ni un technicien informatique classique, ni un travailleur social au sens strict. Il se situe entre les deux, avec une double casquette. D’un côté, il maîtrise les outils numériques du quotidien. De l’autre, il sait expliquer, rassurer et adapter son discours à des publics qui n’ont parfois jamais touché un ordinateur.
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Les missions d’un conseiller numérique
Le métier repose sur 3 grands types d’activités:
L’accompagnement individuel : Le conseiller reçoit les usagers en rendez-vous, souvent sur inscription, pour répondre à une problématique précise. Cela peut être une déclaration d’impôts en ligne, une prise de rendez-vous médical sur Doctolib ou une simple recherche d’emploi sur des sites dédiés.
Les ateliers collectifs : Une bonne partie du travail se fait aussi en groupe. Le conseiller anime des séances pour apprendre à utiliser une messagerie, se protéger des arnaques en ligne, ou encore manipuler une tablette. Ces ateliers sont souvent proposés en mairie, en médiathèque ou dans des associations locales.
La sensibilisation aux enjeux numériques : Le conseiller informe aussi sur la protection des données personnelles, la vérification des sources d’information ou les bons réflexes face aux réseaux sociaux. Depuis peu, certains conseillers sont également formés à l’intelligence artificielle générative pour aider leur public à comprendre des outils comme ChatGPT.
Le lieu d’exercice varie beaucoup selon les territoires. Un conseiller numérique peut travailler dans une mairie, un espace France Services, une bibliothèque, une association ou encore un centre communal d’action sociale. Cette diversité de structures d’accueil explique aussi pourquoi le quotidien du métier peut changer d’un poste à l’autre.
Comment devenir conseiller numérique ?

Ce métier est très accessibilité. Aucun diplôme n’est exigé pour postuler. Il suffit d’avoir entre 16 et 64 ans et de ne pas être à la retraite. Le recrutement se fait via une plateforme dédiée, conseiller-numerique.gouv.fr, et repose surtout sur la motivation du candidat et son envie d’accompagner les autres.
Une fois sélectionné, le futur conseiller suit une formation obligatoire, entièrement financée par l’État. Sa durée varie selon le niveau initial du candidat, de trois semaines à environ 420 heures. Cette formation mêle apprentissage technique et compétences relationnelles, avec un jour de formation par semaine en général. Le reste du temps est consacré à la pratique sur le terrain.
À l’issue du parcours, le conseiller obtient une double certification. D’un côté, le certificat de compétences professionnelles « Accompagner différents publics vers l’autonomie dans les usages des technologies, services et médias numériques », qui correspond au premier bloc du titre professionnel de Responsable d’espace de médiation numérique. De l’autre, la certification Pix, qui valide un socle de compétences numériques reconnu au niveau national. Ce titre, autrefois appelé REMN, a d’ailleurs évolué récemment vers une nouvelle appellation, celle de médiateur numérique.
Pour les personnes en reconversion ou déjà titulaires du titre professionnel complet, une dispense de formation initiale est possible.
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Quel salaire pour un conseiller numérique ?
Le conseiller numérique est généralement recruté en contrat à durée déterminée, parfois en CDI selon la structure employeuse. La rémunération brute mensuelle se situe le plus souvent entre le Smic et 2 200 euros en début de poste. Avec de l’expérience ou des responsabilités supplémentaires, elle peut grimper jusqu’à 2 500, voire 3 000 euros brut par mois dans certains cas.
Dans le secteur public, les conseillers bénéficient parfois d’une grille salariale et d’avantages liés au statut de contractuel, notamment une certaine stabilité de l’emploi le temps du contrat. Le salaire dépend fortement de la structure d’accueil, car une association n’offre pas toujours les mêmes conditions qu’une collectivité territoriale.
Les qualités indispensables pour exercer ce métier
Contrairement à beaucoup de métiers du numérique, la technique n’est pas ici la compétence la plus importante. Ce qui compte avant tout, c’est le savoir-être. La patience arrive en tête de liste, car accompagner une personne qui découvre un ordinateur demande du temps et de la répétition. Vient ensuite la pédagogie, c’est-à-dire la capacité à expliquer simplement, sans jargon, en s’adaptant au rythme de chacun.
L’écoute active est également centrale. Un bon conseiller ne se contente pas de répondre à une demande, il cherche à comprendre le besoin réel derrière la question posée, parfois formulée maladroitement par une personne peu à l’aise avec le vocabulaire numérique.
À cela s’ajoutent des compétences plus techniques, comme la maîtrise des outils bureautiques, des démarches administratives en ligne les plus courantes et des bases en sécurité informatique. Une bonne dose d’autonomie et de mobilité est aussi utile, car certains postes impliquent des déplacements réguliers entre plusieurs sites d’intervention.
Les évolutions de carrière possibles
Le métier de conseiller numérique peut étre un point de départ vers plusieurs trajectoires. Certains évoluent vers un poste de responsable d’espace de médiation numérique, avec la gestion d’une équipe et d’un lieu d’accueil. D’autres deviennent coordinateurs d’un réseau de conseillers à l’échelle d’un territoire, un rôle plus stratégique qui implique de développer des partenariats locaux.
Il est aussi possible de se spécialiser en devenant formateur informatique ou multimédia, ou de bifurquer vers des fonctions plus sociales, comme médiateur social ou animateur socioculturel.
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Un dispositif dont l’avenir reste incertain
Le dispositif des conseillers numériques traverse actuellement une période de transition budgétaire. Alors qu’il comptait environ 4 000 postes au plus fort de son déploiement, la loi de finances pour 2026 ne prévoit plus que 14 millions d’euros de crédits, contre des montants bien plus élevés les années précédentes.
Selon les estimations d’Intercommunalités de France, le nombre de conseillers numériques financés pourrait tomber autour de 1 400 postes d’ici la fin 2026, avant une possible extinction progressive du dispositif en 2027, faute de financement pérenne. De son côté, l’Agence nationale de la cohésion des territoires, qui pilote le programme, affirme vouloir maintenir son accompagnement et continuer à ouvrir ses ressources à l’ensemble des médiateurs numériques, y compris ceux dont le financement d’État a pris fin.
Cela signifie que certains postes déjà pourvus dans le cadre d’une convention de 36 mois seront maintenus jusqu’à leur terme, mais que les perspectives de nouveaux recrutements sur financement national se réduisent d’année en année. Plusieurs collectivités et associations cherchent donc désormais d’autres sources de financement pour pérenniser leurs postes localement.
Pour toute personne qui envisage une reconversion vers ce métier, il est donc utile de se renseigner directement auprès de la structure employeuse visée sur la stabilité du poste proposé, plutôt que de se fier uniquement aux chiffres nationaux du dispositif d’origine.
Le conseiller numérique répond à un besoin social réel, celui de ne laisser personne de côté face à la dématérialisation des services. Reste que son avenir, du moins dans sa forme actuelle financée par l’État, dépend désormais des arbitrages budgétaires des prochaines années. Une chose est sûre, le besoin d’accompagnement numérique, lui, ne va pas disparaître.
