Un téléphone ou un ordinateur qui fonctionne bien ne veut pas dire qu’il est encore protégé. Passé une certaine date, le fabricant arrête d’envoyer des correctifs de sécurité, même si l’appareil marche toujours normalement. Cette date s’appelle la fin de vie, ou EOL en anglais. Pour la connaître, il existe un site simple et gratuit, endoflife.date. Il recense les dates de fin de support de centaines de logiciels, systèmes et appareils, au même endroit.
Qu’est-ce qu’une date de fin de vie ?
La fin de vie d’un produit tech n’a rien à voir avec son état physique. Un téléphone peut avoir un écran impeccable et une batterie qui tient encore la journée, il peut tout de même avoir atteint sa date de péremption logicielle. Ce qui compte, c’est la date à laquelle le fabricant arrête d’envoyer des correctifs de sécurité.
Chaque mois, des failles de sécurité sont découvertes dans les systèmes d’exploitation et les logiciels. Tant que le produit est supporté, l’éditeur corrige ces failles. Une fois la fin de vie atteinte, plus aucun correctif n’arrive, et chaque nouvelle vulnérabilité découverte reste ouverte indéfiniment.
Sur Android, ce mécanisme est particulièrement visible parce que chaque fabricant fixe sa propre durée de support. Google et Samsung promettent désormais 7 ans de mises à jour sur leurs modèles haut de gamme récents, OnePlus est passé à 6 ans sur ses flagships comme le OnePlus 15. À l’inverse, une bonne partie des modèles Motorola restent limités à 3 ans de mises à jour, et certains appareils Nokia signés HMD ne dépassent pas 2 mises à jour majeures. Sur un marché aussi fragmenté, difficile de deviner à l’œil nu combien de temps un téléphone restera protégé.
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Deux horloges tournent en parallèle sur votre appareil
Il y a en réalité deux échéances différentes à suivre sur un smartphone Android, et elles sont souvent confondues.
La première concerne les mises à jour de version du système, par exemple le passage d’Android 16 à Android 17. Ne plus recevoir ces mises à jour ne casse rien dans l’immédiat. Les applications continuent de fonctionner, le Play Store aussi. Ce n’est que plusieurs années plus tard qu’une application récente peut refuser de s’installer sur une version trop ancienne du système.
La seconde horloge, plus critique, concerne les correctifs de sécurité mensuels. Ce sont eux qui bouchent les failles découvertes dans le système Android lui-même et dans la surcouche du fabricant. Pour donner un ordre de grandeur, le correctif de sécurité de juin 2026 chez Samsung a colmaté à lui seul 45 failles distinctes, dont plusieurs jugées critiques. Certaines de ces failles permettent à quelqu’un qui met la main sur votre téléphone de contourner l’écran de verrouillage, d’autres ouvrent la porte à une exécution de code à distance. C’est cette seconde horloge qui rend la fin de vie d’un appareil réellement problématique.
Comment vérifier si votre téléphone a atteint sa fin de vie
Le réflexe le plus simple consiste à regarder la date du dernier correctif reçu, dans Paramètres, puis À propos du téléphone, puis Informations logicielles, et enfin Niveau de correctif de sécurité Android. Si cette date remonte à plus d’un an, il y a de fortes chances que l’appareil soit sorti du cycle de support.
Pour une réponse plus fiable, mieux vaut consulter directement les pages officielles des fabricants. Google publie une page dédiée pour chaque Pixel, Motorola tient un tableau de suivi de ses mises à jour, Samsung fait de même sur son site consacré à la sécurité mobile, et OnePlus détaille son calendrier de support. Ces informations existent pour la plupart des grandes marques, il suffit généralement de chercher le nom du modèle suivi des mots « mises à jour de sécurité ».
Il arrive rarement qu’un fabricant publie une mise à jour après la fin de vie officielle d’un appareil. Samsung l’a fait en 2022 en déployant un correctif GPS sur toute une génération de smartphones déjà retirés du support, dont le Galaxy S8 sorti en 2017. Ce genre de cas reste toutefois l’exception.
endoflife.date, le tableau de bord central pour suivre tout ça

C’est justement pour éviter d’aller fouiller sur des dizaines de pages différentes que le site endoflife.date a été créé. Ce projet open source recense les dates de fin de vie de plus de 462 produits, allant des systèmes d’exploitation mobiles aux distributions Linux, en passant par les langages de programmation, les bases de données et les frameworks utilisés en entreprise.
Pour chaque produit, la fiche indique la version actuelle, les versions précédentes encore supportées, la date de sortie, la date de fin de support et, quand elle existe, la date de fin de support étendu. Les informations sont collectées à partir des sites officiels des éditeurs, des annonces publiques et parfois du travail manuel de contributeurs quand aucune page officielle claire n’existe. Le site propose d’ailleurs aux éditeurs un ensemble de recommandations pour publier ces informations de façon lisible, avec une URL stable et un calendrier de publication clair.
L’intérêt du site ne se limite pas à la simple consultation. Une fonctionnalité assez pratique, disponible en bas de chaque page, permet d’exporter les dates de fin de vie au format ICS. Ce fichier peut ensuite être importé dans n’importe quel calendrier, que ce soit Google Agenda, Outlook ou Apple Calendrier. Pour une équipe technique qui gère plusieurs dizaines de logiciels en production, cela évite de découvrir une fin de support au moment où un scanner de vulnérabilités déclenche une alerte.
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Pourquoi ces dates sont autant surveillées en entreprise
Le cas de .NET illustre bien pourquoi ce suivi est devenu un sujet sérieux pour les équipes techniques. Microsoft publie une nouvelle version majeure chaque mois de novembre et alterne entre versions à support long, les LTS, supportées trois ans, et versions à support standard, les STS, désormais supportées deux ans depuis un ajustement annoncé en septembre 2025.
Cette règle produit parfois des coïncidences qui compliquent la vie des équipes. .NET 8, sorti en novembre 2023 avec un support de trois ans, et .NET 9, sorti un an plus tard avec un support de deux ans, arrivent tous les deux en fin de vie exactement le même jour, le 10 novembre 2026. Les équipes qui ont misé sur l’une ou l’autre version se retrouvent donc avec la même échéance à gérer, ce qui met une pression supplémentaire sur les créneaux de migration disponibles.
Une fois cette date passée, plus aucun correctif n’est publié, même en cas de faille critique. L’exemple de la vulnérabilité CVE-2025-55315, découverte en octobre 2025 dans le serveur web Kestrel d’ASP.NET Core, est parlant. Elle a reçu le score de gravité le plus élevé jamais attribué à une faille ASP.NET Core, et permettait de contourner des protections de sécurité en dissimulant une requête HTTP dans une autre. Microsoft a corrigé le problème sur .NET 8, 9 et 10, mais pas sur .NET 6, déjà sorti du support depuis onze mois au moment de la découverte. Les utilisateurs restés sur cette version se sont retrouvés exposés sans solution officielle.
C’est exactement ce type de situation que des outils comme endoflife.date permettent d’anticiper. En croisant les dates de fin de vie avec le calendrier de déploiement de son infrastructure, une équipe peut planifier une migration plusieurs mois à l’avance plutôt que de la découvrir au moment où un audit de conformité ou un scanner de sécurité soulève le problème.
