Votre PC tourne bien en apparence : le CPU est calme, la RAM n’est pas saturée, rien d’anormal dans le Gestionnaire des tâches. Et pourtant, le son craque de temps en temps, la souris freeze une demi-seconde, le jeu bégaie sans raison claire. Ce type de problème est l’un des plus frustrants à résoudre parce que les outils habituels de Windows ne montrent rien.
C’est exactement ce que LatencyMon est conçu pour traiter. Ce petit utilitaire gratuit développé par Resplendence Software diagnostique les problèmes de latence système que les outils natifs de Windows ne voient pas. Il est surtout connu dans les milieux de la production audio, mais il est utile pour n’importe quel utilisateur qui rencontre des micro-freezes, des saccades dans les jeux, ou des craquements audio inexpliqués.
Le problème que LatencyMon résout
Windows n’est pas un système d’exploitation en temps réel. Il gère des centaines de tâches en parallèle et traite les demandes au mieux, sans garantie de délai. Quand un composant matériel (carte Wi-Fi, pilote audio, carte graphique…) a besoin d’attention, il envoie un signal d’interruption au processeur. Ce signal est prioritaire, ce qui force le CPU à mettre en pause ce qu’il faisait pour s’en occuper.
Ces interruptions s’appellent des DPC (Deferred Procedure Calls) et des ISR (Interrupt Service Routines). Dans des conditions normales, elles durent quelques microsecondes et passent complètement inaperçues. Le problème survient quand un pilote mal optimisé, bugué, ou trop ancien, prend beaucoup trop de temps pour terminer sa routine. Pendant ce temps, tout le reste attend. C’est ce temps d’attente accumulé qui produit les craquements audio, les mini-freezes, et les bégaiements que vous observez à l’écran.
Il y a aussi un second type de problème que LatencyMon détecte : les hard page faults. Cela arrive quand une application cherche des données en RAM et ne les trouve pas, Windows doit alors aller les lire sur le disque, beaucoup plus lent. Si une application génère beaucoup de hard page faults, ça peut provoquer des ralentissements visibles, sans que le CPU soit en cause.
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Ce que fait concrètement LatencyMon
LatencyMon surveille en temps réel le comportement des pilotes et du noyau Windows. Il mesure combien de temps chaque pilote prend pour exécuter ses routines d’interruption, et il signale clairement ceux qui dépassent les seuils acceptables.
L’interface est organisée en plusieurs onglets :
Onglet Principal : C’est le premier écran qu’on voit. Il affiche un message en texte lisible : vert si tout va bien, rouge si des problèmes sont détectés. Pas de jargon, pas de chiffres bruts à interpréter soi-même. Le verdict est clair.
Onglet Pilotes (Drivers) : C’est l’onglet le plus utile. Il liste tous les pilotes actifs sur le système avec leurs temps d’exécution mesurés en millisecondes et en microsecondes. On peut trier par « Highest Execution » pour faire remonter immédiatement le pilote le plus problématique en haut de la liste.
Onglet Processus : Il montre quels processus génèrent des hard page faults. Si une application pompe anormalement les ressources mémoire et force Windows à lire sur le disque, elle apparaîtra ici.
Onglet CPU : Il détaille les statistiques par cœur de processeur : nombre d’interruptions traitées, durées maximales des DPC et des ISR. Pratique pour voir si la charge est mal répartie sur les cœurs.
Onglet Stats : Un résumé complet de l’analyse : latence maximale et moyenne, état général du système, informations matérielles.
Comment utiliser LatencyMon
Après avoir téléchargé et installé LatencyMon depuis le site de Resplendence, on ouvre le logiciel et on clique sur le bouton Play (en vert, en haut à gauche). L’analyse démarre immédiatement.
L’idéal est de lancer LatencyMon et de continuer à faire exactement ce qui provoque les problèmes sur votre machine. Si les craquements apparaissent quand vous êtes en réunion Zoom, continuez à utiliser Zoom pendant que LatencyMon tourne. Si c’est en jouant, lancez votre jeu. L’outil capture les pics de latence au moment où ils se produisent.
On recommande de laisser tourner l’analyse au moins 10 à 15 minutes pour avoir des données représentatives. Après ça, on revient sur l’interface et on consulte les résultats.
Si le texte principal est rouge, on va dans l’onglet Pilotes, on trie par temps d’exécution le plus élevé, et le coupable apparaît en tête de liste. Le nom du fichier .sys indiqué correspond à un pilote précis. Une recherche Google sur ce nom de fichier permet d’identifier immédiatement à quel composant matériel il appartient.
Quelques exemples courants :
- nvlddmkm.sys → pilote du GPU NVIDIA
- HDAudBus.sys → pilote audio High Definition, Microsoft
- tcpip.sys ou ndis.sys → pilote réseau (souvent la carte Wi-Fi)
- storport.sys → pilote de contrôleur de stockage
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Que faire une fois le pilote identifié
Une fois qu’on sait quel pilote est en cause, il y a plusieurs actions à tester dans l’ordre :
- Mettre à jour le pilote : La première chose à faire est d’aller sur le site du fabricant du composant concerné (NVIDIA, Intel, Realtek, etc.) et de télécharger la dernière version du pilote. Le gestionnaire de périphériques de Windows ne propose pas toujours les versions les plus récentes.
- Revenir à une version antérieure : Si les problèmes ont commencé après une mise à jour de pilote, le rollback est souvent la solution la plus rapide. Dans le Gestionnaire de périphériques, un clic droit sur le composant, puis « Propriétés » > « Pilote » > « Revenir au pilote précédent ».
- Désactiver temporairement le composant : Si le coupable est un composant non critique, comme la carte Wi-Fi quand vous êtes connecté en Ethernet, on peut le désactiver dans le Gestionnaire de périphériques pour vérifier si les problèmes disparaissent. Si c’est le cas, le diagnostic est confirmé.
- Vérifier les hard page faults : Si l’onglet Processus montre une application avec un nombre élevé de hard page faults, on la ferme, on relance LatencyMon, et on voit si la situation s’améliore.
Après chaque intervention, on relance LatencyMon pour vérifier si les valeurs ont baissé. C’est un processus itératif.
Ce que LatencyMon ne fait pas
LatencyMon est un outil de diagnostic, pas de réparation. Il identifie le problème, mais il ne modifie rien sur le système. C’est à l’utilisateur d’agir après avoir lu le rapport.
Il ne remplace pas non plus le Gestionnaire des tâches ou le Moniteur de ressources pour surveiller l’utilisation CPU et RAM. Ces deux types d’outils sont complémentaires : si votre CPU est à 100%, le Gestionnaire des tâches suffira à identifier le problème. LatencyMon intervient quand les ressources semblent normales mais que les problèmes persistent quand même.
Autre limite : si le problème de latence vient de la conception du matériel lui-même – une carte mère dont les caractéristiques ne permettent pas un traitement audio sans latence – LatencyMon le signalera, mais il n’y aura rien à faire logiciellement. Dans ce cas, c’est un problème matériel.
Pour qui c’est utile
LatencyMon est indispensable pour les musiciens et les ingénieurs du son qui travaillent avec des interfaces audio et des DAW (Digital Audio Workstation) sous Windows. C’est d’ailleurs l’usage pour lequel il a été conçu à l’origine.
Mais il est tout aussi utile pour un gamer qui a des microstutters inexpliqués, pour un streamer dont le flux audio craque, ou pour n’importe quel utilisateur Windows qui cherche à comprendre pourquoi son PC se comporte de façon erratique alors que tout semble normal en surface.
L’outil est gratuit pour un usage personnel. Une version pro existe pour les entreprises et les techniciens qui ont besoin de fonctionnalités avancées. Pour la grande majorité des utilisateurs, la version gratuite suffit largement.
