Beaucoup d’utilisateurs des réseaux sociaux ont le sentiment que certaines plateformes limitent volontairement la portée de leurs publications, sans jamais les prévenir. C’est ce que l’on appelle le shadowbanning, ou bannissement fantôme.
Chaque réseau social a ses propres règles qui déterminent ce qui est autorisé ou non. Le problème, c’est que parfois, les plateformes ne se contentent pas de supprimer les contenus qui enfreignent la loi ou les conditions d’utilisation : elles peuvent aussi limiter discrètement la visibilité de certaines publications.
Cette limite entre modération normale et invisibilisation subtile est souvent floue, et c’est ce flou qui crée de l’incompréhension et de la frustration chez les utilisateurs.
Comment fonctionne le shadowbanning ?
Le shadowbanning est une pratique très particulière. Un utilisateur peut continuer à publier normalement, et tout semble fonctionner de son côté. Mais en réalité, ses publications ne sont presque plus visibles pour les autres. Elles n’apparaissent ni dans les fils d’actualité, ni dans les recherches, et parfois même pas en visitant directement son profil.
Au lieu de bloquer le compte, la plateforme laisse l’utilisateur publier tout en limitant la portée de ses contenus grâce à l’algorithme. Le résultat : beaucoup moins de vues et d’interactions, sans aucune explication ni notification.
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Exemples concrets sur Twitter et TikTok
Plusieurs plateformes ont été prises la main dans le sac. Certaines l’assument comme un outil de modération. D’autres préfèrent parler de filtrage de visibilité ou de réduction de portée.
Pour elles, il ne s’agit pas de censurer, mais de limiter l’impact de contenus jugés problématiques. Cela peut concerner le langage utilisé, certains sujets sensibles ou des violations répétées des règles internes. Dans la plupart des cas, les utilisateurs ne sont pas informés.
Les Twitter Files
L’un des exemples les plus marquants reste l’affaire des Twitter Files. Pendant des années, une partie des utilisateurs soupçonnait Twitter de réduire la visibilité de comptes conservateurs. Lorsque Elon Musk a racheté la plateforme en 2022, il a autorisé l’accès à des documents internes à plusieurs journalistes.
Entre décembre 2022 et mars 2023, ces documents ont été publiés par étapes. Ils ont révélé l’existence de labels internes attribués à certains comptes. Parmi eux, des mentions comme Trends Blacklist, Search Blacklist ou Do Not Amplify.
Concrètement, ces étiquettes empêchaient les publications d’apparaître dans les tendances, dans les résultats de recherche ou dans les fils d’actualité des autres utilisateurs. Twitter appelait cela le filtrage de visibilité.
Des employés de la plateforme ont reconnu que ce système permettait de contrôler très finement ce que les gens voient. Ils ont aussi admis que la majorité des utilisateurs n’avaient aucune idée de l’ampleur de ce contrôle.
Une équipe interne décidait chaque jour du sort de centaines de comptes. Au-dessus, un groupe composé de cadres dirigeants validait les décisions les plus sensibles. Certains comptes étaient même protégés par des règles spéciales, empêchant toute action sans validation de haut niveau.
Malgré ces révélations, tout n’est pas totalement clair. Les documents complets n’ont jamais été rendus publics. Il est donc impossible de savoir si cette limitation de visibilité concernait aussi d’autres courants politiques, ni dans quelles proportions. Les raisons exactes derrière chaque décision restent également floues.
Une chose est sûre. Ces fichiers ont montré qu’une plateforme pouvait, techniquement et volontairement, réduire la visibilité d’un compte sans le bloquer.
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TikTok et la visibilité des contenus politiques
TikTok est aussi régulièrement cité dans ce type de débats. Là encore, tout dépend de la définition que l’on donne au shadowbanning. Dans certains cas, ce ne sont pas des profils entiers qui sont touchés, mais des vidéos ou des hashtags précis.
En mai 2025, le créateur Dylan Page publie une vidéo sur Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso. La vidéo connaît un succès rapide, dépassant les 6 millions de vues en un peu plus d’une journée. Puis, elle disparaît du profil pendant plusieurs jours.
De son côté, le créateur explique que la vidéo reste visible pour lui, mais qu’elle est cachée à certains utilisateurs, selon leur région. Il précise que ce phénomène ne concerne pas uniquement cette publication et que de nombreux contenus ne sont jamais montrés à une partie du public.
Dans certains pays, comme les États-Unis, la vidéo était introuvable, même en visitant directement le profil. Elle a fini par réapparaître et cumule aujourd’hui plusieurs millions de vues supplémentaires.
Quand les hashtags disparaissent
En 2020, un rapport a révélé que TikTok limitait la visibilité de vidéos utilisant certains hashtags. Des contenus liés aux thématiques LGBTQ étaient concernés, dans plusieurs langues. Ces vidéos étaient traitées de la même manière que des contenus liés au terrorisme, aux drogues ou à des propos grossiers.
D’autres hashtags critiques envers des dirigeants politiques, comme Vladimir Poutine ou l’ancien président indonésien Joko Widodo, ont également été touchés. Les vidéos restaient accessibles pour leurs créateurs, mais devenaient invisibles pour les autres utilisateurs.
TikTok a répondu en évoquant une modération adaptée aux lois locales. La plateforme a aussi expliqué que certains hashtags étaient limités car souvent associés à des recherches de contenus pornographiques.
Ces exemples montrent une réalité plus nuancée. La visibilité sur les réseaux sociaux n’est jamais totalement neutre. Elle dépend d’algorithmes, de règles internes et parfois de décisions humaines prises en coulisses.
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Que disent les plateformes à propos du shadowbanning
Toutes les accusations de shadowbanning ne sont pas faciles à vérifier, mais la plupart des réseaux sociaux ont été confrontés à ce genre de soupçons à un moment ou à un autre. Voyons comment ils ont réagi.
Twitter (X)
En 2018, des utilisateurs ont remarqué que certains comptes n’apparaissaient pas dans les suggestions automatiques de recherche, même en tapant le nom du compte directement dans la barre de recherche.
Les utilisateurs ont accusé Twitter d’invisibiliser ces comptes. La plateforme a répondu qu’elle « ne pratique pas le shadowbanning » et que « vous pouvez toujours voir les tweets des comptes que vous suivez, même si vous devez parfois aller directement sur leur profil pour les trouver ».
Twitter a précisé que ses algorithmes classent les tweets et que ce classement peut naturellement donner plus de visibilité à certains contenus qu’à d’autres. Concernant le problème des suggestions automatiques, la plateforme a expliqué qu’il ne concernait que ces suggestions et non les résultats de recherche eux-mêmes. Les tweets apparaissaient toujours lorsque l’on consultait directement le compte.
Ils ont détaillé quelques points :
- Des centaines de milliers de comptes étaient concernés.
- Aucun parti politique ou zone géographique n’était spécifiquement ciblé.
- Certains comptes pouvaient être affectés à cause de la manière dont les utilisateurs interagissaient avec eux.
Twitter a expliqué que certaines communautés tentaient d’augmenter mutuellement l’engagement de manière coordonnée. Les comptes concernés par ces pratiques pouvaient disparaître des suggestions automatiques en raison de la combinaison de ces facteurs et du fonctionnement du système à l’époque.
En décembre 2022, Elon Musk, actuel PDG de X, a affirmé que la plateforme travaillait sur un outil permettant aux utilisateurs de savoir s’ils avaient été shadowbannés et de contester cette décision. Cet outil n’a pas encore été publié et semble toujours en développement en 2026.
Instagram ne reconnaît pas officiellement le shadowbanning, mais propose un outil pour vérifier si un compte n’est pas recommandé à d’autres utilisateurs. Cet outil s’appelle « Statut du compte ».
Grâce à lui, vous pouvez savoir exactement quelles publications posent problème. Il permet aussi de modifier ou supprimer les contenus qui violent les règles et de demander à l’équipe de support de réexaminer certaines publications.
Instagram utilise également une technique appelée « dépriorisation », où l’algorithme réduit volontairement la recommandation d’un contenu sans le supprimer. Cette technique concerne surtout les contenus jugés « inappropriés » pour la communauté globale, même s’ils ne violent pas les règles. Les abonnés peuvent toujours voir ces publications dans leur fil d’actualité, mais elles disparaissent des sections Explorer et recherche.
Face aux accusations de shadowbanning, Instagram a expliqué que son système de classement contrôle ce que l’algorithme recommande. Certains contenus peuvent donc être moins mis en avant, ce qui affecte l’engagement, mais ce n’est pas intentionnel. Selon la plateforme, il est dans leur intérêt que les créateurs puissent toucher leur audience et se faire découvrir afin de continuer à progresser sur Instagram.
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Facebook utilise une technique similaire appelée « rétrogradation de contenu ». Les publications signalées pour rétrogradation ne sont pas supprimées, mais apparaissent beaucoup moins dans le fil d’actualité.
Cette rétrogradation peut concerner les contenus à connotation sexuelle, haineuse, violente, vulgaire ou de faible qualité. Elle peut aussi s’appliquer aux utilisateurs qui enfreignent régulièrement les règles de la plateforme. La plupart des rétrogradations s’appliquent à l’échelle mondiale, mais Facebook peut cibler une région ou un événement particulier.
Comment éviter le shadowbanning
La plupart des réseaux sociaux ne sont pas aussi transparents qu’Instagram sur la modération des contenus. C’est souvent pour cela que des théories de complot apparaissent autour du shadowbanning.
En pratique, les contenus politiques, ceux qui comportent des comportements ou images interdits, ou encore les contenus dits « borderline » sont plus susceptibles d’être modérés. Un exemple de contenu borderline serait une image sexualisée sans nudité.
Pour limiter les risques, il est conseillé d’éviter :
- Les propos haineux et grossiers
- Les images interdites ou choquantes
- La diffusion d’informations non vérifiées
Il est également important de garder une cohérence dans le type et la qualité des publications. Cela réduit le risque d’être dépriorisé par l’algorithme.
En résumé, si vous pensez être victime de shadowbanning, il s’agit souvent de modération, de dépriorisation ou de filtrage de visibilité. Dans ce cas, il est essentiel d’examiner vos contenus pour comprendre ce qui peut pousser l’algorithme ou votre audience à les ignorer ou à perdre de l’intérêt.
Sources : socialmediacurve.com, forbes.fr
