On pourrait penser que les plus jeunes générations, nées avec un smartphone dans la main, seraient les premières à accueillir l’intelligence artificielle à bras ouverts. C’est pourtant l’inverse qui se produit sur le marché du travail américain. Une récente étude menée par Glassdoor montre que ce sont les salariés les plus jeunes qui se montrent les plus méfiants envers cette technologie, tandis que leurs collègues plus expérimentés y voient plutôt une opportunité.

Un fossé générationnel qui surprend les experts eux-mêmes

Seul un tiers des employés de la génération Z porte un regard positif sur l’impact de l’IA dans leur environnement professionnel. Du côté de la génération X, celle des personnes nées entre 1965 et 1980, ce taux grimpe à 47 %.

Chris Martin, économiste senior chez Glassdoor, avoue lui-même avoir été pris de court par ces résultats. Il s’attendait, comme beaucoup, à ce que les jeunes travailleurs se montrent naturellement plus à l’aise avec les nouvelles technologies. La réalité observée sur le terrain raconte une autre histoire.

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La peur de perdre sa place avant même de l’avoir trouvée

Pour expliquer ce paradoxe, Chris Martin avance une hypothèse assez simple à comprendre. Les jeunes actifs craignent que l’IA ne vienne directement menacer leurs perspectives de carrière, et plus particulièrement leur accès aux postes d’entrée de gamme.

Plusieurs études convergent déjà vers ce constat, les emplois les plus exposés à l’automatisation par l’IA sont souvent ceux occupés par les jeunes diplômés en début de parcours. Selon l’économiste, les années à venir s’annoncent compliquées pour cette tranche d’âge, puisque l’IA transforme en profondeur la nature même de leur travail. Les opportunités qui existaient il y a vingt ans pourraient tout simplement ne plus être accessibles.

L’enquête de Glassdoor révèle aussi d’autres sources d’inquiétude chez les salariés. Beaucoup redoutent tout bonnement d’être remplacés par des outils automatisés. D’autres expriment plutôt un agacement face à l’obligation d’intégrer l’IA dans leurs tâches quotidiennes sans en avoir vraiment eu le choix. Certains estiment enfin que leur entreprise consacre trop d’énergie à ces sujets au détriment de son activité principale. Une part plus réduite des répondants critique en revanche l’usage de l’IA par les employeurs pour communiquer avec leurs équipes ou, plus problématique encore, pour les surveiller.

L’expérience comme rempart contre les erreurs de l’IA

Les salariés plus âgés occupent en général des postes plus élevés dans la hiérarchie et se sentent davantage installés dans leur rôle. Cette situation change complètement leur rapport à l’intelligence artificielle. Ils la perçoivent comme un outil complémentaire à leur travail et non comme une menace.

Chris Martin souligne un point intéressant à ce sujet. Les grands modèles de langage peuvent produire des erreurs, voire inventer purement et simplement des informations qui n’existent pas. Un employé expérimenté saura généralement repérer ces approximations et les écarter sans trop de difficulté. Un jeune collaborateur moins aguerri risque au contraire d’avoir plus de mal à faire la différence entre une information fiable et une pure invention de la machine.

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Les femmes de la génération Z sont encore plus sceptiques

L’étude met également en lumière un écart marqué entre hommes et femmes. Chez les jeunes actifs, seules 21 % des femmes de la génération Z portent un regard positif sur l’IA, contre 42 % des hommes du même âge. L’écart est donc deux fois plus important.

Ce constat rejoint les conclusions d’une autre enquête menée cette fois par LinkedIn. Le boom des emplois liés à l’intelligence artificielle semble creuser encore davantage l’écart entre les genres dans le secteur tech, un secteur où les femmes restaient déjà largement sous-représentées. Elles le sont encore plus aujourd’hui parmi les nouvelles recrues sur les postes liés à l’IA.

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Ces résultats invitent les entreprises à revoir leur façon d’accompagner les plus jeunes talents dans cette transition. Rassurer, former et impliquer davantage les nouvelles générations pourrait bien devenir un enjeu clé pour les mois à venir.